Les clés pour anticiper au service des élus, des CE et des CHSCT

Allongement de l’espérance de vie n’est pas égal à allongement en bonne santé

Publié en octobre 2013

Le gouvernement a transmis début septembre au Conseil d’État son projet de loi de réforme des retraites, qui prévoit entre autre l’allongement de la durée de cotisation à 43 ans. Une nouvelle fois, dans le débat sur la pérennité du système de retraite, l’on nous ressert le sempiternel : « la durée de vie augmente, il faut donc travailler plus longtemps ».

L’espérance de vie dépend du progrès social

D’un point de vue historique, l’allongement de l’espérance de vie n’a rien d’automatique. Durant un siècle, ce sont les guerres qui avaient produit des reculs de l’espérance de vie. Au cours du 20ème siècle sous l’effet de l’amélioration considérable des soins et des modes de vie, sa progression n’avait cessé. Mais des politiques de régression sociale peuvent avoir un effet inverse. La Russie en est un exemple spectaculaire, où entre 1989 et 1995, l’espérance de vie des hommes a reculé de près de 10 ans. Dans une moindre mesure en 2010, pour la première fois depuis 25 ans, l’espérance de vie aux États-Unis a très légèrement diminué. En cause : les modes de vie, tabagisme, obésité, pollution atmosphérique… dans un pays où le système de soin est le plus couteux et manque d’efficience. Le même avatar est possible en France compte tenu du chômage, de la dégradation des services publics, de la stagnation du pouvoir d’achat.

Distinguer durée moyenne de vie et espérance de vue en bonne santé

Le temps n’est pas si loin, avant 1981 à l’époque de la retraite à 65 ans, où nombre de salariés n’ont jamais pu bénéficier de leur retraite ou très peu de temps. Partir à la retraite suffisamment tôt est une nécessité pour profiter de la dernière partie de sa vie en souffrant moins et sans passer directement du travail salarié à la tombe, comme c’était le cas autrefois.

En France, si l’espérance de vie à la naissance a nettement augmenté (70,2 ans pour les hommes, 78,4 pour les femmes en 1980 à respectivement 78,0 et 84,7ans en 2010) cet indicateur ne représente « qu’un cas de l’espérance de vie». C’est pourquoi d’autres indicateurs plus proches de la réalité ont été développés pour répondre à la question : « Vit-on plus longtemps mais aussi plus longtemps en bonne santé ? L’indicateur « d’espérance de vie en bonne santé (AVBS ou EVSI) permet d’ajouter une dimension de qualité de vie au nombre d’années vécues.

En France, comme dans d’autres pays européens; « l’espérance de vie sans incapacité » (EVSI) a commencé à décliner en 2006 et a chuté d’environ un an entre 2008 à 2010, passant de 62,7 ans à 61,9 ans d’espoir de durée de vie sans incapacité pour les hommes ; et de 64,6 ans à 63,5 ans pour les femmes (INSERM, « Vieillir en bonne santé : de fortes disparités entre les pays européens » et INSERM dernières données sur l’espérance de vie en bonne santé dans les 27 pays de l’UE -2012).

Comme l’indique Jean-Marie Robine, l’un des auteurs de l’étude de l’INSERM dans les pays comme la France où l’espérance de vie était déjà élevée, « les gains d’années de vie se font aux âges les plus élevés, donc lorsqu’on est en moins bonne santé ». Mais l’OCDE qui inspire les politiques libérales fait un autre choix en établissant ses projections de manière comptable sur la durée attendue de versement des pensions entre l’âge de la retraite et la durée moyenne de vie. Autrement dit, peu importe l’état de santé dans lequel on peut profiter de sa retraite, ce qui compte c’est le niveau de dépense.

La fabrication de retraités pauvres

Le très officiel Conseil d’orientation des retraites (COR) le dit : « l’âge moyen de cessation d’activité est à peine supérieur à 59 ans et une majorité de salariés sont hors emploi (chômage, invalidité, inactivité, ou dispense de recherche d’emploi) au moment de liquider leur retraite ». On se demande bien pourquoi ! Ce qui n’empêche pas les pouvoirs publics de claironner que si on vit plus longtemps, c’est normal de travailler plus longtemps.

Ainsi, au vu du marché du travail, il sera de plus en plus difficile de réunir les annuités nécessaires pour une pension à taux plein. Un bon moyen de réduire le déficit des retraites sans jamais s’attaquer au chômage de masse et à l’amputation qu’il représente en matière de cotisations. Mais aussi, un triste système pour produire massivement des retraités pauvres.

Inégalité sociale de la retraite

Comme le note une étude de l’Observatoire des inégalités : « en moyenne, à l’âge de 55 ans, un cadre peut espérer vivre 30,9 ans, un ouvrier 26,7. Soit quatre années de plus. Les écarts d’espérance de vie en bonne santé sont encore plus grands. A 35 ans, l’espérance de vie des cadres supérieurs est de 47 ans (ils peuvent espérer vivre jusqu’à 82 ans compte tenu des conditions de mortalité du moment), celle des ouvriers de 41 ans (et donc 76 ans d’espérance de vie totale. L’écart d’espérance de vie entre les catégories est de six ans, mais il est de 10 ans pour l’espérance de vie sans incapacité. Les écarts entre milieux sociaux tendent même à s’accroître chez les hommes. Cette inégalité est liée à un très grand nombre de raisons complexes, qui vont des habitudes de vie (alimentation par exemple) aux conditions de travail, en passant par la relation au système de soin qui n’est pas la même selon les catégories sociales. » (Observatoire des inégalités, organisme indépendant d’information et d’analyse sur les inégalités. http://www.inegalites.fr)

Les plus pénalisés seront ceux qui ont commencé à travailler le plus tôt avec une double peine en durée de cotisation et en âge de départ avancé avec une espérance réduite de bonne santé à la cessation d’activité.

Reconnaitre les pénibilités au travail

La question est celle du lien entre la pénibilité du travail, l’espérance de vie et la durée de cotisations. Plutôt que de parler de « métiers pénibles » qui n’a plus guère de sens au regard des « carrières » de plus en plus déstructurées, il conviendrait plutôt de prendre en compte l’accumulation des situations de pénibilités.

Les écarts d’espérance de vie (7 ans entre un homme cadre et un homme ouvrier) et de morbidité et, plus globalement, les inégalités sociales de santé s’expliquent en partie par les conditions de travail et les expositions professionnelles passées. Cet écart ne s’est pas réduit ces dernières années. Trois types de contraintes susceptibles d’entraîner des effets à long terme, irréversibles, sur la santé sont aujourd’hui bien identifiés.

  • Tout d’abord l’accumulation durable de contraintes liées aux cadences, à la manutention de charges lourdes, aux efforts physiques et aux exigences posturales dans le travail.
  • Le travail de nuit ou en horaires alternants. Comme l’a montré l’enquête « Santé, travail et vieillissement » (Estev), les troubles du sommeil liés aux horaires décalés ou au travail de nuit ne sont pas entièrement réversibles, ce phénomène s’aggravant avec l’âge.
  • Enfin, l’exposition à des produits toxiques ou cancérigènes, même si elle ne provoque pas un ressenti immédiat de pénibilité, engendre des risques à court terme, notamment sur l’appareil respiratoire. Ces derniers, pour la majorité d’entre eux, soit plusieurs milliers de cas annuels, surviennent après l’âge de 65 ans, avec une latence longue par rapport au début de l’exposition.

Combien de salariés concernés ? Les résultats de l’enquête « Surveillance médicale des risques professionnels » de 2003 montrent une grande disparité selon les secteurs professionnels. La proportion de salariés exposés à au moins une pénibilité physique est 56%, si on retient le critère le plus large (toute durée d’exposition), à 15% selon le plus strict (au moins vingt heures par semaine). Concernant les horaires atypiques, 19% des salariés déclarent travailler de nuit (entre 21 heures et 6 heures du matin). L’exposition aux produits toxiques concerne 10 % des salariés,  soit 1,7 million. Ce taux  se réduit à 7 % de salariés, soit  1,2 million lorsqu’on ne  retient que l’exposition supérieure à deux heures par semaine.

Le dispositif dit de pénibilité de la précédente réforme des retraites en 2010 avait été présenté comme le nec plus ultra pour combattre les inégalités, mais il était basé sur une mystification puisqu’il fallait être malade avant la retraite pour en bénéficier. De 30.000 potentiels bénéficiaires lors de l’annonce en 2010, le bilan est aujourd’hui de moins de 6.000 salariés qui ont pu partir plus tôt… une goutte d’eau au regard des expositions et des inégalités constatées plus haut.

La question n’est pas de savoir quelle retraite nous pourrions nous payer à partir d’une enveloppe arbitrairement définie mais de savoir comment on se donne les moyens – dans une société qui les a – de financer les retraites dont nous avons besoin et de poursuivre le progrès social.

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