Les clés pour anticiper au service des élus, des CE et des CHSCT

« Ne croyez pas ce qu’on vous dit sur l’économie américaine »

Publié en janvier 2015

Les journaux américains (et européens ou internationaux) sont tout ébahis sur la santé éclatante de l’économie des États-Unis à partir des chiffres les plus récents : +5% de croissance au 3e trimestre 2014 ; 321 000 emplois créés en novembre et pour le même mois +0,4% d’augmentation du salaire horaire moyen. Qui peut faire la fine bouche avec ces bonnes nouvelles ? Et pourtant…

« Don’t believe what you hear about the US economy » (traduction en titre). C’est le conseil que nous donne Dean Baker dans un billet récent figurant sur le site du Center for Economic and Policy Research (CEPR, Centre de recherche en économie politique). Ni le Centre ni Dean Baker, qui en est le co-directeur, ne sont des « économistes atterrés ». Le centre de recherche est une institution respectable de Washington ; Dean Baker est un universitaire respecté pour ses travaux. Comme il l’écrit sans détour, « à peu près tout ce qu’on entend sur l’économie américaine est faux ». Arguments à l’appui.

La croissance de +5% au 3e trimestre doit être mise en regard des performances de l’activité US depuis le début de l’année 2014 : +2,5% en moyenne annuelle – moitié moins. La commission budgétaire du Congrès américain évalue l’écart entre l’activité potentielle (ce que devraient produire les USA selon leurs capacités actuelles) et l’activité réelle à 3,6 points, soit environ 600 milliards de dollars sur l’année ou, notion plus parlante, 4 000 $ par ménage. Au rythme actuel il faudrait une bonne vingtaine d’année pour effacer l’écart. Si on compare la croissance moyenne actuelle avec celle des périodes (76-78 et 83-85) qui ont suivi les deux précédentes récessions on trouve un écart du même ordre : +2,5% actuellement contre respectivement +5,2 et 5,4%.

De plus les 5% du 3e trimestre, indique Dean Baker, sont pour un tiers au moins dus à des facteurs exceptionnels : une expansion momentanée des dépenses militaires, d’une part, et une réduction du déficit commercial d’autre part (merci le pétrole). Tout ça est largement provisoire. L’évolution positive du salaire horaire moyen (+0,4%) en novembre est vendue par les journalistes peu scrupuleux comme une preuve indiscutable que les fruits de la croissance sont désormais partagés avec les travailleurs américains. Elle n’est cependant qu’un rattrapage des mois précédents qui, eux, étaient pratiquement à zéro. Quant aux créations d’emplois (321 000) enregistrés en novembre 2014, Baker note que même si l’économie pouvait poursuivre à ce rythme (ce qui est douteux), elle ne rattraperait pas le terrain perdu dans la récession et jusque 2015.

Ces éléments sont corroborés par un rapport récent de la Fondation pour les technologies de l’information et l’innovation (Information Technology & Innovation Foundation, groupement de réflexion basé à Washington) intitulé : « La renaissance industrielle des États-Unis n’existe pas ». Cette supposée « renaissance » est montée en épingle par les commentateurs à partir de quelques exemples de relocalisation industrielle ou d’ouvertures de nouveaux sites, dont le rapport démontre en détail la portée limitée.

Certes, 520 000 postes industriels ont été créés au cours des trois dernières années. Mais il faut les comparer aux 2,5 millions de postes détruits auparavant. Près des trois quarts de ces créations ont eu lieu dans l’industrie automobile, après la purge brutale qu’elle subit dans le creux de la récession en 2009-2010. Quant aux quelques exemples de rapatriement d’opérations industrielles, ils ne font pas le poids face à la délocalisation qui continue – même si ses cibles géographiques changent de la bande côtière du Sud de la Chine vers l’intérieur du pays et le Vietnam, le Cambodge et le Bangladesh (pour le textile). Mais le plus gros mouvement s’opère du Nord, ancien bastion industriel US, vers le Sud plus déréglementé et moins syndicalisé.

À supposer qu’il y ait à l’avenir une expansion industrielle réelle, elle se ferait toutefois, dit l’étude, dans des conditions nouvelles : pour tout nouvel emploi de col bleu ouvrier, il y aurait un col blanc d’ingénieur ou de technicien supérieur.

En résumé il serait donc absurde de nier la réalité d’une croissance aux États-Unis, mais celle-ci est bien moins vive que les derniers chiffres mensuels. Surtout elle n’implique pas, pour le moment, de « renaissance industrielle » réelle. Elle s’accompagne, en tout cas, du gonflement préoccupant d’un chômage de longue durée, qui lui-même s’allonge.

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