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DESTRUCTION DES EMPLOIS PAR LA DIGITALISATION DU TRAVAIL : ANALYSE SCIENTIFIQUE OU EXERCICE DIVINATOIRE ?

Publié en juin 2017

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Le phénomène de digitalisation bouleverse notre société et notre économie, en modifiant les modes de consommation, de distribution et de production de biens et de services. De nouvelles activités se créent et d’autres se transforment ou disparaissent. Si la réalité de ces mutations est indéniable, la question de leur impact sur la croissance économique, le volume et la nature des emplois à l’échelle nationale fait toutefois débat.

ALLONS-NOUS VERS UNE 3e RÉVOLUTION INDUSTRIELLE ?

La question de l’impact du progrès technique sur l’emploi n’est pas nouvelle. Les exemples sont nombreux dans l’histoire moderne d’innovations techniques qui ont alimenté la peur d’une substitution de l’homme par la machine.

Pourtant, les travaux des économistes révèlent que les grandes vagues d’innovations passées (métier à tisser, machine à vapeur, etc.) ont eu un impact globalement positif sur l’emploi. Dans un mouvement de « destruction créatrice » décrit au XXe siècle par Joseph Schumpeter, ces vagues d’innovations ont entraîné la disparition de certains métiers, l’évolution d’autres, mais elles ont également permis l’apparition de nouveaux emplois grâce à leur impact bénéfique sur la productivité et la croissance.

Aujourd’hui, les progrès réalisés sur certaines applications des technologies numériques, comme l’intelligence artificielle, le big data et la robotique, permettent d’envisager une vague d’automatisation et de numérisation de grande ampleur, et aliment à nouveau la crainte d’un « futur sans emploi ». Ce point de vue n’est toutefois pas partagé par tous les économistes.

LES TECHNICO-OPTIMISTES PROPOSENT DE MESURER L’IMPACT DES TECHNOLOGIES NUMÉRIQUES SELON TROIS CRITÈRES

Pour les technico-sceptiques, l’impact des technologies numériques n’est pas de même nature que celles des révolutions industrielles du XIXe et XXe siècle : l’essor des technologies informatiques et numériques depuis trente ans ne s’accompagne d’ailleurs d’aucune accélération du rythme de croissance de la productivité, au contraire. Leur impact sur l’emploi devrait par conséquent rester modeste.

Pour les technico-optimistes, le ralentissement de la croissance de la productivité s’explique par le rythme de diffusion des technologies dans le système productif, trop lent. Cela n’enlèverait rien au potentiel de stimulation de ces technologies, bien réel.

L’estimation des effets des technologies numériques sur l’emploi représente donc une préoccupation des technico-optimistes, qui anticipent un élargissement significatif de l’automatisation dans les processus productifs, et par conséquent une baisse de l’emploi.

Ils proposent de mesurer l’effet net global du progrès technique sur l’emploi en combinant trois paramètres, à savoir, le rythme de destruction d’emplois «  »automatisables » », le degré de transformation des métiers existants et le rythme de création des nouveaux emplois.

ENTRE 4 à 1 EMPLOIS SUR 10 SERAIENT MENACÉS PAR L’AUTOMATISATION EN FRANCE

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Les études prospectives menées jusqu’à présent se sont pour l’essentiel concentrées sur la part des emplois menacés par l’automatisation, avec des résultats pour le moins disparates.

DES ÉTUDES PROSPECTIVES PLUS OU MOINS PRÉCISES

Certaines études mesurent le risque d’automatisation par métier quand d’autres études mesurent l’impact de la digitalisation en partant de l’individu et de ses conditions de travail réelles.

La première méthode produit une analyse au « doigt mouillé ». Dès qu’un métier est susceptible d’être concerné par l’automatisation, on considère que le métier risque de disparaître, sans tenir compte du fait par exemple que toutes les personnes exerçant un même métier ne l’exercent pas de la même façon (et n’exécutent donc pas les mêmes tâches).

La seconde méthodologie permet de réduire ces approximations. Certaines tâches peuvent être impactées par la digitalisation. Dans ce cas, le métier ne disparaît pas nécessairement, mais il évolue. Ces dernières études parviennent ainsi à des résultats plus précis, plus fiables, et moins anxiogènes aussi.

CES ÉTUDES NE PRÉSAGENT PAS DE L’USAGE CONCRET FAIT DE CHAQUE TECHNOLOGIE DANS LE TISSU ÉCONOMIQUE

Si elles ont le mérite d’exister, ces études n’épuisent toutefois pas le débat de l’impact des technologies numériques sur le volume des emplois.

Par exemple, la dématérialisation du courrier suite à l’apparition du mail ou le développement des envois de colis avec l’essor du e-commerce, sont deux évolutions qui ont un impact sur l’emploi au sein du groupe La Poste. Si ces deux évolutions sont directement issues de l’essor des technologies numériques, elles ne sont pas liées stricto sensu à l’effet de l’automatisation des tâches.

Les résultats de ces études doivent également être interprétés avec prudence : la disponibilité d’une technologie ne présage pas de son usage. Autrement dit, le degré d’automatisation réel ne dépend-il pas  uniquement du paramètre technologique, mais il est également lié à des facteurs tels que l’organisation du travail, l’acceptabilité sociale ou la rentabilité économique.

Pour prendre un exemple concret, le degré de robotisation des industries automobiles allemande et française variait en 2014 du simple au double selon France Stratégie, alors même que de chaque côté du Rhin, les entreprises ont théoriquement accès aux mêmes technologies. Si cet écart existe, c’est nécessairement que des considérations « autres » que la technologie entrent en ligne de compte dans la prise de décision des constructeurs.

LE PASSAGE À UNE ÉCONOMIE NUMÉRIQUE MODIFIE LA STRUCTURE DES EMPLOIS EN FRANCE

Les technologies numériques n’impactent pas uniquement l’emploi en volume, mais également sa structure au sein dans nos économies.

L’automatisation se substituerait avant tout aux métiers dont les tâches sont routinières, qu’elles soient manuelles (caissière) ou cognitives (comptabilité). Les métiers aux tâches cognitives non routinières, qui nécessitent un niveau de qualification plus élevé (gestion, activités scientifiques…), se développeraient « en complémentarité » de la machine. Les métiers aux tâches manuelles non routinières (jardinage, plomberie…) resteraient quant à elle à l’écart des effets des technologies.

Ce phénomène est observé depuis les années quatre-vingt dans certains pays développés. Il touche les métiers peu ou moyennement qualifiés, notamment selon le degré d’automatisation des systèmes productifs.

Les travaux réalisés pour la France par le Comité d’Orientation de l’Emploi laissent entrevoir à moyen terme un risque d’automatisation accru des métiers nécessitant un faible niveau de qualification. Comme le rappelle l’étude : « moins d’emplois seront potentiellement accessibles aux moins qualifiés, ce qui soulève un certain nombre de défis ».

DE L’INÉVITABLE TRANSFORMATION ET ÉVOLUTION DES MÉTIERS POUR RÉPONDRE À LA NUMÉRISATION DE L’ÉCONOMIE

La diffusion des nouvelles technologies participe également d’une profonde évolution des métiers au fil du temps. L’automatisation des tâches les plus routinières se traduit en effet par un recentrage des personnes sur les tâches non « automatisables ». On observe ainsi un essor des compétences sociales et analytiques, dans une logique de complémentarité homme-machine.

L’étude du COE réalisée en janvier 2017 estime que plus d’un emploi sur deux est susceptible d’évoluer à moyen terme dans son contenu ou dans ses méthodes de travail avec les technologies numériques.

La capacité des métiers à se transformer est un facteur essentiel pour leur permettre de ne pas disparaître.

Par exemple, l’introduction de caisses en libre-service depuis 2004 n’a pas abouti à une réduction massive des emplois de caissiers en France (-10 % entre 2004 et 2014). Techniquement substituable, le métier s’est en partie transformé avec l’accueil des clients en caisses automatiques, plus complexe à gérer.

UN POTENTIEL DE CRÉATION D’EMPLOIS RÉEL

Le potentiel de création d’emplois des technologies numériques n’est pas mesurable. Il dépend de la rapidité de diffusion des technologies dans l’économie et de l’évolution de la frontière technologique, ces deux données ne pouvant être anticipées..

Les travaux des économistes nous permettent toutefois de déterminer les mécanismes de création d’emplois théoriques engendrés par le progrès technique en déclinant les innovations selon leur nature.

L’automatisation des tâches issue des technologies numériques relève d’une innovation dite de procédé, dont les effets sur l’emploi sont négatifs à court terme (voir encadré). Des mécanismes de compensation peuvent toutefois agir à plus long terme :

  • Créations d’emplois directs propres au développement des innovations concernées (ici le numérique et la robotique). Pour la France, le potentiel d’emploi direct apparaît significatif dans le numérique, mais limité dans la robotique (activité peu présente sur le territoire).
  • Créations d’emplois indirects, plus difficiles à mesurer, car elles relèvent de mécanismes complexes, comme les effets induits de l’automatisation sur la compétitivité coût et hors coût, si toutefois les gains de productivité sont réinvestis et/ou restitués au consommateur et aux salariés (baisse des prix, hausse des salaires).

L’essor des technologies numériques s’inscrit par ailleurs dans un processus plus large de digitalisation de l’économie qui favorise l’émergence d’innovation de produits ou de services dont les effets sont plus favorables sur l’emploi.

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Source : Calvino F. et Virgilitto M.-E (2016), cité par le C.O.E.

L’IMPACT DU NUMÉRIQUE SUR L’EMPLOI DÉPEND DU VOLONTARISME DES POUVOIRS PUBLICS ET DES ENTREPRISES

Le potentiel d’extension du champ des tâches automatisables est en théorie considérable. En pratique toutefois, l’impact sur le volume de l’emploi ne dépendra pas uniquement du facteur technologique.

Le rôle des pouvoirs publics apparaît essentiel pour faire intervenir les mécanismes de compensation dans les meilleures conditions et dans les plus brefs délais.

La capacité de certains métiers à résister aux progrès de l’automatisation dépendra également de leur capacité à évoluer. Le développement de la formation continue est un donc un élément clé dans les prochaines années pour faire de la digitalisation une opportunité pour l’emploi.

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