Les clés pour anticiper au service des élus, des CE et des CHSCT

La pensée scientifique patronale ou E = Mc2 + PSE

Publié en octobre 2013

Les directions d’entreprises se plaisent à utiliser des formules de science de la vie pour justifier leurs choix… Combien de fois ne lit-on pas que « l’ADN » ou les « gênes » d’une entreprise sont ceci ou cela ? Combien de fois n’a-t-on pas entendu dans un CE que l’entreprise est confrontée à son « écosystème » ? Ou plus drôle encore,  la référence à la disparition des dinosaures (trop grands, trop lourds ?) pour justifier  une compression de personnel ou la cession d’une activité.

Ces références, répétées à satiété dans les médias et reprises d’entreprise en entreprise, ont pour but d’apporter à la gestion marchande un statut scientifique. Un article sur le site des Echos titrait par exemple : « Innovation : quel est l’ADN de votre entreprise ? ». Ou encore  L’Express : « Esprit PME, l’ADN des entreprises qui gagnent ». Tout récemment, le directeur général de la Compagnie Lebon (finances, hôtellerie)  affirmait procéder à une revue de la stratégie dans le « respect de l’ADN de l’entreprise ». En d’autres termes : on ne touche à rien mais ça va tout de même beaucoup changer ! Le rapport Danone de 2009 stipulait également « Le double projet économique et social étant l’ADN de l’entreprise,la force de notre approche réside dans la cohérence des actions que nous entreprenons ». Ou comment transformer une approche pragmatique et financière en bouillie pseudo conceptuelle et théorique.

Autre exemple, la plaquette financière de L’Oréal 2012 affirme « La recherche s’inscrit dès lors comme un des éléments de l’ADN du Groupe ». Soit, mais ça ne veut en fait rien dire. Affirmer que la R&D est décisive pour un grand groupe de cosmétique est une banalité. Par contre suggérer à travers ce discours que, dans un grand groupe mondial, les choses sont données définitivement, immuablement est contradictoire avec un autre discours patronal sur le thème du « tout change, les prévisions au-delà de quelques années ne sont plus possibles ». Nous sommes donc en présence d’une propagande et non d’un discours économique rationnel. D’ailleurs la direction de l’Oréal doit le savoir : la théorie de l’évolution impute justement aux transformations génétiques l’apparition de nouveautés dans le génome et donc dans l’évolution des espèces. Tel est pris qui croyait prendre !

L’économie d’entreprise est-elle rationnelle ?

Cette « logique biologique »  est appelée à la rescousse pour verrouiller des orientations qui, en réalité, concernent des centaines ou des milliers de salariés.  Les décisions industrielles, financières ou sociales sont du coup les « seules possibles » puisque présentées sous forme d’un axiome sceintifique. Pas d’alternative, pas de doute, pas de questionnement. L’ADN c’est l’ADN et on n’y touche pas ! Devant un tel mur d’objectivité comment serait-il encore possible de questionner la parole de l’entreprise ? Sauf que souvent le fameux ADN change avec le PDG. Allez comprendre ?

Avant d’en rire, il convient tout de même de prendre l’affaire au sérieux. Comme le dit Pierre Gattaz président de Medef dans son discours d’investiture « Il faut que les français comprennent l’économie ». Comprendre l’économie, comprendre l’entreprise… Ce leitmotiv est répété à tout va. Ce fut même un des arguments avancé par l’Association française des entreprises privées (les grands groupes) dans un document préparatoire à  ce qui sera l’ANI : il faut que les salariés s’habituent à… « comprendre » l’entreprise.

C’est qu’ils ont la tête dure ces salariés !  Ils continuent aussi de penser que l’entreprise est l’enjeu d’intérêts sociaux divergents et qu’ils y a de toute évidence plusieurs efficacités possibles. Or, pour nos scientifiques-patronaux, dans la nature il n’y a pas de tels choix possibles : un chat est un chat, voyez-vous. En faisant de l’entreprise une sorte d’organisme ils tentent assez médiocrement, il faut bien le dire, d’effacer les contradictions et la violence sociale de l’économie contemporaine.

Salariés, ne vous avisez donc pas de questionner un choix industriel douteux, celui-ci est dans les « gênes » de l’entreprise. Ne contestez pas l’ouverture des magasins le dimanche, c’est en raison de leur « écosystème ». Ne vous étonnez pas d’un soudain recentrage sur « notre métier » et la cession des autres activités, c’est pour ne pas disparaître un jour comme les grands sauriens ! Que pourrait-on en effet répliquer contre de telles lois de la nature ? Pourtant, si l’entreprise et ses « écosystèmes » étaient si rationnels que cela, ça se saurait. Nous vivrions dans un monde sans chômage, sans misère, sans faillite, sans pollution. Dans lequel la prédation d’un plus petit par un plus gros déboucherait immédiatement sur un nécessaire et nouvel équilibre vertueux.

Alors quand votre direction abuse de tels termes, n’hésitez pas à lui demander d’aller plus loin : c’est quoi l’écosystème de l’entreprise, son ADN ? Demandez-en toujours plus sur le fond, n’hésitez pas : les dividendes c’est de l’écosystème ? Les erreurs stratégiques passées c’était de l’ADN ? Les dysfonctionnements jamais réglés, une simple indigestion ? La pression des banques, un prédateur ? Un dépôt de bilan, une mutation génétique ? Vous allez vous amuser, c’est promis !

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