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Retour des mégafusions, arrivée des OPA « fiscales »

Publié en mai 2014

En 2014 les opérations géantes d’acquisition ou de fusion sont visiblement de retour après une certaine éclipse pendant la crise. Dernière en date, la tentative du groupe pharmaceutique américain Pfizer de prendre le contrôle du britannique AstraZeneca avec une « offre » à cent seize milliards de dollars (116 Md$, environ 85 Md€), jugée pour le moment « inadéquate » par le Laboratoire anglais.

Le montant de cette méga OPA la place pourtant dans les quatre premières depuis 20 ans, derrière les trois précédentes qui concernaient toutes les télécommunications ou la communication.

Les plus grosses acquisitions ou projets depuis 1995 (en Md$)
Les plus grosses acquisitions ou projets depuis 1995 (en Md$)

Pour les quatre premiers mois de l’année, le montant des M & A (Merger & Acquisition, fusion et acquisition en français) avoisine les 1 000 Md$ ; c’est 45% de plus que pour la période janvier-avril 2013. Avec toutes les autres cessions réalisées directement sans intermédiaire, le niveau dépasse 1 300 Md$. Il est probable qu’en année pleine, celui-ci retrouve le pic de 2007 avant la crise, à près de 1 700 Md$. 2014 s’annonce donc déjà comme l’année des mégafusions. Alors cela signalerait-il la fin de la crise ? Non, plutôt qu’elle a fait son œuvre et continue à le faire, avec quelques spécificités liées aux secteurs d’activité ou aux zones concernées.

Crise et mondialisation

Dans cette crise économique et financière qui dure depuis plus de cinq ans, il y a évidemment les gagnants et les perdants. Parmi les premiers, on trouve nombre de grands groupes, surtout américains, qui après de grosses restructurations ont reconstitué leurs marges et regonflé leur bénéfice. Ces groupes se retrouvent avec des trésoreries abondantes qu’ils cherchent à utiliser. Selon l’agence de notation Moody’s, les stars de la cote des États-Unis disposaient fin 2013 de 1 640 Md$ de liquidités, soit 50% de plus qu’avant la crise en 2007 et le double par rapport à 1995. Et puis les compléments de financement externes ne sont pas difficiles à trouver avec des marchés financiers aux taux historiquement bas grâce aux politiques accommodantes des banques centrales, qui se répercutent sur les taux pratiqués par les grandes banques privées vis-à-vis des grandes entreprises.

Parallèlement, la remontée des Bourses mondiales – autre versant de ce torrent de liquidités qui inonde les pays développés – facilite les appels au marché et favorise le paiement d’une partie des grandes opérations en action, sans sortie de cash.

La faiblesse de la demande (signe évident que la crise perdure) entrave les velléités des groupes d’augmenter leur prix de vente. Combinée aux restrictions salariales en interne et à la panne généralisée de l’investissement, ces trois facteurs balisent la tendance actuelle à la déflation c’est-à-dire à une stagnation ou à une diminution des prix dans de nombreux secteurs, qu’elles résultent de politiques publiques de limitation (en Santé dont la Pharmacie, par exemple) ou de la concurrence féroce qui règne pour le leadership (dans le domaine des communications notamment). Les grands groupes qui en ont les moyens cherchent donc à compenser cette pression tarifaire par des gains de volume, en acquérant des parts de marché et en trouvant de nouveaux moteurs de croissance à l’échelle internationale. Dans ce paysage, l’Europe (hors l’Allemagne) est plutôt en position de proie et certains secteurs sont aux premières loges, tels la Pharmacie ou les communications.

Pharmacie et Télécom

Les États-Unis, par la taille de leurs groupes et leur internationalisation moins récente, mènent le bal. Mais en Europe, l’Allemagne joue aussi un rôle, notamment dans un de ses secteurs d’excellence traditionnelle, la chimie. Siemens (avec General Electric), Bayer (avec la division Santé grand public de l’américain Merck et peut-être sa thérapie animale), BASF (avec des projets au Mexique) sont en train de monter au créneau, encouragés par le gouvernement allemand.

La combinaison des deux déterminants (géographique et économique) explique pourquoi les groupes américains sonnent la charge aujourd’hui, pourquoi la Pharmacie est dans l’œil du cyclone (avec 4 opérations sur les 10 premières de 2014) et pourquoi ça va continuer de plus belle, justement parce que la crise poursuit son travail de destruction et de restructuration accélérée. Après le choc initial des premières années de la crise, la course à la taille reprend donc ses droits, une fois les entreprises de second rang nettoyées ou absorbées.

Elle s’auto-entretient aussi : ce qu’un grand groupe entreprend ne laisse pas ses concurrents indifférents. Ils préparent donc la riposte sur le même terrain. Si General Electric prend Alstom, Siemens ne peut rester les bras croisés. Et l’inverse est vrai, naturellement.

Les 10 premières opérations en 2014 (en Md$)
Les 10 premières opérations en 2014 (en Md$)

Liquidités et fiscalité

Un autre élément, apparemment paradoxal, complète ce tableau. Quoi qu’en disent hâtivement certains médias, entrepreneurs ou journalistes, la fiscalité des entreprises américaines (de par leur siège social) est moins favorable que la plupart des régimes fiscaux européens, France incluse.

Aux États-Unis, les firmes sont taxées sur l’intégralité de leurs bénéfices, y compris ceux réalisés à l’étranger sans autre choix possible. Et le taux d’imposition (35%) est supérieur aux taux des grands pays européens, y compris la France. Google et Microsoft ont défrayé la chronique à cet égard pour avoir logé leur holding en Irlande ou aux Bermudes.

Les opérations initiées ou conclues en 2014 en sont une nouvelle illustration. Si Pfizer parvient à mettre la main sur AstraZeneca, le nouveau groupe transférera son siège au Royaume-Uni en raison d’un régime fiscal plus favorable. Et General Electric peut-être aussi vers la France. Ce qui ne manque pas de faire déjà réagir les autorités américaines qui menacent à mi mot de rétorsions réglementaires dans cette éventualité. Affaire un peu ironique pour nos détracteurs de la « lourdeur de l’impôt » en France, n’est-ce-pas ?

S’ajoute à cet aspect, le souci terrible pour ces grands groupes d’utiliser leur trésorerie disponible à l’étranger, car s’ils la rapatrient aux États-Unis elle est taxable au titre des bénéfices réalisés. Les acquisitions envisagées permettent donc d’échapper à l’impôt pour leurs instigateurs américains. Et les montants sont coquets. Pfizer dispose ainsi d’un butin de 70 Md$ hors des États-Unis et Général Electric de 57 Md$, soit un potentiel de plus de 44 Md$ d’économie d’impôt si les opérations envisagées parviennent à leur terme. La difficile fusion prévue entre le français Publicis et l’américain Omnicom serait entrée dans la même catégorie, ce qui explique sans doute son échec final, annoncé début mai 2014.

On connaissait les OPA « amicales » (par accord entre les deux parties) ou « hostiles » (quand la proie n’est pas consentante), voici donc les OPA « fiscales »…

Au total cette gigantesque partie de bras de fer que se livrent maintenant les grandes firmes mondialisées, en commençant par les secteurs les plus exposés, permet de mettre une date sur le calendrier de la crise que nous traversons depuis de longues années. La phase 2 est engagée à coup sûr. La phase 1 fut celle du choc financier, de la contraction de la production, de la disparition de nombreuses entreprises avec tous les dégâts sociaux corollaires en termes de millions d’emplois tués. Celle-ci, pour les firmes, est celle de la redistribution des cartes sur des marchés en plein bouleversement. Pour les salariés de ces firmes et ceux des entreprises dépendantes, les restructurations continueront à être synonymes « de sang et de larmes ». Mais la phase 2 actuelle, c’est surtout la remise en cause des principales conquêtes sociales de la période passée, tant elles entravent encore le chemin que les bulldozers de la mondialisation rêveraient plus rectiligne.

Les grandes manœuvres dans les Télécoms

Il n’y a pas qu’en France… Aux Etats-Unis, trois mégafusions sont en préparation dans le secteur des télécoms. Comcast propose 45 milliards de dollars pour mettre la main sur le réseau câblé de Time Warner, Côté opérateurs, les 3ème et 4ème groupes en taille (Sprint et T-Mobil) pourraient fusionner, et le numéro 2 des télécoms achète pour 48 milliards de dollars Direc TV le premier fournisseur de télévision par satellite.

Le secteur est donc en proie à une forte concentration avec dans certains cas une consolidation vers l’amont (infrastructures) ou l’aval (contenus TV). La France avec le rachat de SFR par Numéricâble et les négociations entre Orange et Bouygues s’inscrit à sa manière dans ce mouvement général. Ici, c’est le gouvernement qui est aussi à la manœuvre. Alors que par le passé l’accent était mis sur le besoin de concurrence avec quatre opérateurs, c’est maintenant l’inverse qui est prôné. Plusieurs facteurs interviennent dans cette nouvelle politique. Mais l’insistance sur l’effet de taille annonce les prochaines grandes manœuvres au niveau européens. C’est aussi pour ne pas être en position de faiblesse au moment où s’amorceront les opérations de fusion en Europe que les pouvoirs publics poussent à la concentration préalable en France. Les mégafusions qui s’annoncent ici comme ailleurs auront d’importantes conséquences sur l’emploi.

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