Les clés pour anticiper au service des élus, des CE et des CHSCT

Une nouvelle générosité fiscale pour les entreprises

Publié en mai 2015

Le gouvernement tente une énième solution pour relancer l’investissement. La mesure consiste en un amortissement majoré des dépenses d’investissement. Comme les mesures précédentes, sociales et fiscales, n’ont finalement rien donné, il poursuit néanmoins la même politique – qui cette fois-ci coutera environ 2,5 milliards d’euros.

Pourquoi cette stagnation de l’investissement ?

Malgré une légère progression du PIB, les dépenses d’investissement continuent de stagner toujours, y compris au 1er trimestre 2015 (elles avaient baissé en 2014). La mesure avancée consiste à permettre un amortissement de 40% sur les investissements productifs qui seront réalisés entre avril 2015 et 2016. Cette procédure équivaut à une réduction de 13% de l’impôt sur les sociétés puisqu’elle impacte négativement le résultat imposable. Elle concerne toutes les entreprises, petites et grandes sans que l’on sache bien ce que sont les résultats escomptés. Comme pour les allègements de charges précédents, l’argument est celui du redressement des marges et donc des embauches potentielles.  Mais pourquoi ce qui n’a pas marché depuis deux ans, marcherait maintenant ?

 

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En effet, cette question de l’investissement ne se pose pas qu’en France. C’est même une question largement partagée par beaucoup de pays développés. La conjoncture somme toute favorable à la reprise de la demande et de l’investissement : taux d’emprunts historiquement bas, avantage compétitif de l’euro face au dollar, baisse de la facture pétrolière s’avère pour le moment insuffisante pour plusieurs raisons.

  1. La demande finale reste assez faible en raison d’une crise sociale inchangée.
  2. Il reste de nombreuses poches de surcapacités et les secteurs concernés vont d’abord s’attacher à les résorber avant d’investir à nouveau.
  3. Certaines entreprises sont très endettées et cherchent plutôt à réduire le poids de leur dette avant d’investir.
  4. D’autres ne voyant rien venir sur leur carnet de commandes ne feront rien de très nouveau que d’encaisser ce cadeau.
  5. Enfin, certaines banques restent prudentes sur la délivrance de crédit en raison de leur propre fragilité bilancielle ou des contraintes en capitaux propres imposées par les organismes de contrôle.

 

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Tous ces facteurs  interviennent  selon des pondérations diverses, la taille des entreprises, leurs secteurs d’activité, leurs situations financières etc.

Ceci vaut autant pour la France que pour beaucoup d’autres pays. Même l’Allemagne, jusqu’en 2013 au moins, affichait un sous-investissement chronique. La France est entre deux eaux : à un léger frémissement d’activité a correspondu une légère relance du crédit bancaire. Mais tout cela ne réduit pas le chômage.

Un ensemble de causes

Les pouvoirs publics ne calculent pas le fait que les grands groupes utilisent la situation actuelle pour accélérer leur concentration au niveau mondial. La période est favorable à la reprise des fusions acquisitions dans absolument tous les secteurs. Parce que la course à la taille est une constante de la mondialisation. Mais aussi parce que la montagne de liquidités disponibles et le niveau extrêmement bas des taux d’emprunt permettent ces opérations. Avant de penser à l’investissement en France, ces groupes, qu’ils soient français, américains ou autres, pensent en termes de consolidation internationale (voir à ce propos le deal possible entre ALCATEL-LUCENT et NOKIA ou entre LAFARGE et le suisse HOLCIM).

L’argent ne manque pas et si l’investissement stagne c’est que l’économie réelle – pas celle de la bulle sur la valorisation boursière de certaines entreprises – envoie toujours des signaux de grande prudence. Prudence sur la reprise américaine, prudence sur l’Europe, prudence sur la demande chinoise, prudence sur le Japon.

L’indice de la production industrielle demeure à un niveau encore très inférieur à la période d’avant crise. Ceci illustre en partie la faiblesse de la demande et par voie de conséquence des projets d’investissement des entreprises.

 

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Source : Coe-Rexecode. Indice 100 en 2010

Or, le sort des PME dépend assez largement de la demande des grands groupes sur le sol français. Or, ces derniers investissent peu dans l’hexagone pour se consacrer en grande partie aux marchés émergents ou aux Etats-Unis. Dans certains cas même, ils chargent leurs unités françaises ou européennes de produire un maximum de trésorerie pour investir dans ces autres pays. Dans d’autres, ils rachètent massivement leurs propres actions pour servir leurs actionnaires et pour soutenir leur cours de la Bourse afin de limiter les raids hostiles. Selon une première estimation, le CAC 40 pourrait cette année afficher 10 milliards de rachat de titres. Airbus a annoncé un rachat de 10% de ces actions. D’investissement il en est donc peu question. Les entreprises sont pragmatiques et moins sujettes aux doctrines que le gouvernement. Leur juge de paix c’est le carnet de commande.

Quant aux artisans et commerçants, ils sont très dépendants de la demande finale des ménages capricieuse quand elle n’est pas atone.

  1. Le taux d’épargne des ménages s’établissait à 16 % du revenu brut disponible à fin juin 2013, l’un des taux les plus élevés en Europe.
  2. Et plus de 60% des ménages résidant en France métropolitaine détiennent de l’assurance-vie (source : Insee), soit autant que de propriétaires d’un bien immobilier.

Voilà une manne que le gouvernement aimerait bien diriger vers les entreprises, les supports en actions et l’hypothétique investissement. Hélas ! L’assurance-vie à la française rime surtout avec fonds en euros, à hauteur de 85 %, car ils offrent une liquidité constante et une garantie quotidienne du capital. Transformer les épargnants en boursicoteurs ne serait-ce qu’à travers des supports d’assurance-vie en actions n’est donc pas chose facile. Là aussi le pragmatisme et la prudence l’emporte sur les convictions abstraites du gouvernement.

Une mesure illusoire

L’insécurité de la conjoncture mondiale joue pleinement sur le déficit d’investissement. L’intense consolidation sectorielle dans le contexte de mondialisation fait que les grandes firmes consacrent bien plus de leur autofinancement et leur capacité d’endettement à ces opérations de vente et d’achat d’actifs qu’à l’investissement productif sur des marchés historiques souvent matures. Même les ménages, pour qui les vrais clignotants sont la retraite et l’emploi, préfèrent s’éviter le risque des actions.

Si demain l’investissement devait repartir, cela ne découlera pas des cadeaux faits aux entreprises. Mais les cadeaux auront été faits, affaiblissant d’autant les revenus publics. A noter aussi que le passé récent (d’avant la crise) a montré qu’investissement et reprise partielle ne débouchent pas forcément sur une vive création d’emplois. Les 2,5 milliards que va couter l’amortissement exceptionnel ne seront que peine perdue.

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